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«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme»

Outre d’excellentes perspectives professionnelles, le CFC de laborantin option chimie peut être le point de départ d’une carrière d’exception

Patrick Bagnoud

Avec plus de 114 milliards de francs, l’industrie chimique et pharmaceutique est de loin le plus grand exportateur de produits suisses en 2019. En Suisse romande, si Genève est la référence mondiale dans le secteur des arômes et des parfums, les cantons de Vaud, Neuchâtel, Fribourg et Valais sont actifs dans la pharmaceutique et l’agroalimentaire. Un domaine d’excellence auquel contribuent pleinement les petites mains des chimistes: les laborantins. «Essentiels au travail de laboratoire, les laborantins assistent les chimistes lors d’expériences ou d’analyses, souligne Claudia Simoes Avello, responsable de l’unité de formation des apprentis (UFA) à Genève. Leur champ d’application est énorme avec de plus en plus d’interfaces dans les projets des biotechs impliquant biologistes et chimistes.»

Goût, odeur, couleur

«On mélange deux produits, ça chauffe, tourne, change de couleur, se transforme. C’est extraordinaire. Et c’est ce qui m’a donné l’envie de me former en chimie, après mon diplôme de l’ECG», raconte Yannick Lortscher, apprenti en 3e année chez un industriel de la boisson. Trois jours par semaine dans son entreprise formatrice, il analyse les différents éléments qui composent les spiritueux mis sur le marché. «Mon contrôle qualité garantit que le produit final ait toujours le même goût, la même odeur et la même couleur», explique l’apprenti, aidé de ses collègues, de sa formatrice et de machines de pointe, notamment pour la chromatographie des liquides et des gaz. «Et si, quelques fois, il y a un contrôle en bouche…on recrache!» poursuit le jeune homme qui se prépare aux examens finals en bénéficiant d’un cours d’appui facultatif.

La bonne formule

CFC de laborantine en poche, Yosan Tesfu se souvient qu’en Érythrée, elle rêvait déjà de se former en chimie. Mais, en 2014, elle doit fuir son pays. Son rêve n’en reste pas moins intact. Arrivée à Genève, elle passe d’abord par les classes d’accueil et d’insertion, puis décroche un apprentissage dans un laboratoire de chimie minérale à l’Université de Genève. «C’est un laboratoire de recherche où l’on crée de nouvelles molécules, comme des révélateurs aux ultraviolet qui seront intégrés dans les billets de banque.» Lancer des réactions pour créer de nouvelles combinaisons, filtrer et purifier le produit obtenu, puis l’analyser par résonance magnétique nucléaire ou avec un spectromètre de masse font partie de son quotidien. Sans omettre la rédaction d’un rapport élaboré selon un rigoureux protocole «pour que toute autre personne puisse reproduire à l’identique l’expérience.» Yosan Tesfu prépare actuellement sa maturité professionnelle afin de rejoindre la HES de Fribourg «parce qu’on y fait de la chimie pure, contrairement à Sion ou le bachelor est plus axé sur la biologie». Elle s’intéresse déjà à un master pour se spécialiser dans le domaine de l’eau et de ses traitements en suivant de près les recherches et publications sur le sujet.

Du CFC au doctorat

À 40 ans, Ludovic Gremaud a rejoint la Haute École d’ingénierie et d’architecture de Fribourg comme professeur associé de chimie des procédés. «C’est mon enseignante de chimie à l’ECG Henri-Dunant qui m’a transmis la passion du domaine», se souvient le professeur. Il se lance dans un apprentissage de laborantin, poursuit avec un diplôme d’ingénieur en chimie à Fribourg, enchaîne avec un master, puis un doctorat à l’Université de Genève. «Mon idée était de conjuguer le côté très pratique et technique du CFC et de l’ingénierie avec celui de la recherche pure via le master et la thèse.» Une idée qui le mène au poste de chef de la recherche et du développement dans l’industrie pharmaceutique. «Après six années à travailler quinze heures par jour, j’ai réorienté ma carrière en complétant ma formation par un master en pédagogie.» Ce dernier lui permet d’enseigner la chimie à la HES Fribourg qui accueille entre 30 et 40 étudiants par volée, majoritairement porteurs d’un CFC de laborantin en chimie.

«Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme»