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Réinventer nos espaces extérieurs

Unique en Suisse romande, le cursus d’architecte paysagiste dispensé à Genève aborde le paysage dans ses multiples ramifications

Regula Eckert

Agencer un jardin, aménager un parc, arboriser un square, planifier un quartier ou encore renaturer un cours d’eau. Autant de projets à concevoir pour l’architecte paysagiste attentif aux critères esthétiques, économiques, fonctionnels et écologiques de ces espaces extérieurs. C’est à la Haute École du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (hepia) qu’est proposée une filière de formation consacrée à l’architecture du paysage. Unique en Suisse romande, elle comprend un bachelor of science et un nouveau master conjoint HES-SO Université de Genève en développement territorial, orientation architecture du paysage.

Le projet paysager

«Un paysage résulte de l’évolution naturelle d’un terrain et des transformations générées par ses affectations successives. L’étude de la configuration des lieux, du relief et du patrimoine bâti, ainsi que le repérage d’ensembles végétauxstructurants et de milieux de grande valeur biologique posent les jalons de tout projet paysager cohérent et harmonieux», explique Natacha Guillaumont, professeure responsable de la filière. «L’une des spécificités du métier consiste à prendre en compte la dimension temporelle d’un projet paysager, processus dynamique par l’aspect saisonnier et la croissance de la végétation et des arbres, enchérit Nicolas Orange, maître d’enseignement.Analyse de sites et ateliers de projets sont au coeur de cette filière orientée vers la pratique, nourrie par un ensemble de cours thématiques: conception et planification, botanique et écologie, techniques de construction et matériaux, représentation graphique et communication, sciences humaines.

Génie du lieu

Intéressé par le monde végétal et le rapport à la nature, Benjamin Senften a suivi la formation d’horticulteur CFC au Centre de formation professionnelle nature et environnement (CFPne) de Lullier (GE), avec une maturité professionnelleintégrée. Il confirme son choix avec un stage dans un atelier d’architecture du paysage durant lequel il dessine ses premiers jardins et participe à la planification d’espaces extérieurs. Le voilà en 3e de bachelor, appréciant la diversité des matières enseignées et les ateliers de projet grandeur nature, à l’instar de sa participation au semestre dernier à Lausanne Jardins, un événement paysagiste éphémère sur les thèmes du sol et de la végétalisation en milieu urbain. Accompagné de deux autres étudiants, Benjamin Senften a réalisé l’implantation d’un jardin sur le toit d’un parking, avec les pépinières de la Ville. Les dalles de béton ont été remplacées par des dalles végétales, semées de prairie florale indigène, tandis que des plantes grimpantes ont été installées sur une pergola, suspension végétale délimitant l’entrée du parking. Il planche aujourd’hui sur un projet de restauration du parc d’un château savoyard, en accordavec l’identité alpestre du lieu. Après une étude des archives historiques et topographiques du site, l’étudiant consigne ses observations, photos et croquis dans un cahier avant de redessiner les lieux. Son concept consiste à réaménager le parc avec un choix de conifères, restaurer les murets de pierres sèches, stabiliser le chemin qui mène au belvédère, afin d’offrir au visiteur une immersion dans un paysage alpin. «L’approche pratique des végétaux et de leur milieu, les bases de plantation et de construction acquises à Lullier durant mon apprentissage me permettent de visualiser la réalisation concrète des projets», assure Benjamin Senften.

Modeler l'espace

Un avis partagé par ALexandrine Ham, étudiante en architecture du paysage, issue, elle aussi, du CFPne de Lullier. Passionnée de botanique, elle s’intéresse aux techniques de plantation en milieu urbain et à la composition des sols,
une ressource sensible. Pour son travail de bachelor, la jeune femme a conçu un écoparc avec un cheminement piétonnier, mobilier urbain et abri vélos, sur le site d’un quartier mixte du secteur PAV (Praille-Acacias-Vernet), importante
zone de développement à Genève. Dans cet aménagement «zéro déchets», les sols sont constitués de matériaux de terrassement, d’excavation, de démolition, tels que des roches, gravats, bétons concassés issus des chantiers avoisinants, auxquels sont ajoutés des matériaux organiques, biomasse et boues d’épuration. «La terre ainsi obtenue offre l’irrigation et les nutriments nécessaires pour accueillir des végétaux peu exigeants, mais harmonieux, tels que des frênes à feuilles rouges, érables champêtres, aulnes», assure Alexandrine Hamm. La conception technique est au premier plan de ce projet complexe, en raison de la pente et des volumes de terre à déplacer. «La réutilisation des sols est un domaine de recherche récent offrant des perspectives prometteuses», se plaît à relever la jeune femme. «Le verdissement des villes est un défi de taille dans un contexte de densification des usages et d’urbanisation de quartiers», poursuit la jeune femme. Elle a entamé la première année du nouveau master en développement territorial conjoint HES-SO/UNIGE, orientation architecture du paysage, dans le but d’améliorer le cadre de vie des citadins et de préserver l’environnement.

Vers un urbanisme végétal

«L’architecture du paysage est devenue une dimension incontournable de tout projet d’urbanisation et d’aménagement du territoire, nécessaire à la transition écologique», estime Natacha Guillaumont, coresponsable du programme de master en développement territorial conjoint HES-SO/UNIGE. Ce cursus pluridisciplinaire dispense un tronc commun aux 6 orientations proposées: architecture du paysage, ingénierie géomatique, urbanisme opérationnel, urbanisme de projet, développement régional et développement territorial des Suds. «L’objectif de ce master est de préparer les étudiants à l’interdisciplinarité des métiers du territoire», souligne celle qui est également professeure d’urbanisme végétal. «Associer les questions du paysage à la formation des urbanistes est une spécificité de ce master. Cette réflexion globale, intégrant la dynamique du vivant dans tout projet d’aménagement, répond à la fois à des préoccupations de logement, d’usages, de mobilité, mais aussi de qualité de vie, de santé et de préservation de la biodiversité.» Grâce à leurs compétences techniques et à leurs connaissances des végétaux, les architectes paysagistes, véritables ingénieurs du paysage, sont à même de planter des arbres en ville et de végétaliser les surfaces les plus hostiles, mais aussi de planifier des continuums entre parcs, îlots de végétation et voies vertes, ainsi que des corridors biologiques favorisant le passage de la faune et la dissémination végétale.

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