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Quand l’apprentissage s’invite au tribunal

Derrière le rideau du théâtre de la justice, tout un monde s’active en coulisses pour son fonctionnement. Gros plan sur les greffiers

Sarah Pernet

C’est jour d’audience au Tribunal civil de Genève ce vendredi. Au sein de l’une des 22 chambres du Tribunal de première instance, les époux désunis sont entendus par la juge Joëlle Cottier. Sa greffière, Cristina Primavera, prend le procès-verbal de l’audition des parties qui ne se regardent même plus. Tout un chemin de vie raconté, décrit, décortiqué, pour que la juge, au final, rende justice à deux versions de la même histoire. «Nous sommes en confrontation directe avec la vie des gens, témoigne Cristina Primavera, l’une des 252 greffier(ère)s que compte le pouvoir judiciaire. Les audiences sont des moments forts.»

Faites entrer la greffière

Âgée d’une quarantaine d’années, cette mère de famille a le droit dans le sang. «À l’école de commerce, le droit me passionnait déjà. Une fois mon CFC d’employée de commerce obtenu, j’ai rejoint une étude d’avocats.» Un passage dans le monde de la finance plus tard, Cristina Primavera postule au pouvoir judiciaire et obtient un poste de greffière en 2011. «C’est intense, passionnant et riche. Je traite des procédures du début à la fin. D’abord en m’assurant que les dossiers qui nous parviennent soient complets, avant de les transmettre à la juge. Si nécessaire, je demande
des pièces complémentaires, convoque les témoins et organise les audiences, auxquelles j’assiste. La prise du PV fait partie du cahier des charges.»

Rigueur et responsabilités

«L’aide de Cristina Primavera est indispensable, confirme avec reconnaissance la juge. C’est elle qui se charge de tout le volet administratif. Grâce à son travail, je peux me concentrer sur les questions juridiques et les enjeux de la procédure.» Une confiance essentielle au bon déroulement des audiences. Pour exercer cette profession, une base commerciale est indispensable, mais elle ne suffit pas: «Les candidats doivent avant tout disposer d’un sens aigu des responsabilités, un haut niveau d’autonomie et d’une excellente gestion du stress, souligne Catherine Vernier, directrice des ressources humaines du pouvoir judiciaire. Il ne faut pas minimiser la charge émotionnelle que représente ce poste.»

Trois questions à: Cristina Primavera, greffière au Tribunal de première instance de Genève.

Quelles sont les compétences indispensables pour être greffière? En plus du goût pour le droit, il faut être rigoureux et organisé. Les juges reçoivent et envoient énormément de documents, que ce soient de demandes des deux parties, des ordonnances de preuves ou des expertises, etc. Le respect des délais est crucial pour que la justice soit rendue.

Quand intervenez-vous?  Du début à la fin d’une procédure. Chaque semaine, ce sont environ cinq nouvelles «affaires» par chambre, donc par juge, à examiner, en plus des affaires en cours, soit environ 150. Pour chaque dossier, il faut convoquer des témoins, planifier les audiences et transmettre au juge un dossier complet. Il y a beaucoup de paperasse: rien ne se fait par courriel ni par téléphone. Vous devez être confrontée à des situations difficiles.

Comment gérez-vous l’aspect émotionnel?  La juge traite des affaires qui n’ont pas trouvé de solution en conciliation. C’est donc souvent des situations assez dures et tendues. En tant que maman, je suis évidemment sensible aux cas où le bien-être des enfants est en jeu. Je ne traite jamais d’affaires dans lesquelles des proches sont concernés et je ne prends pas parti. Et j’ai appris à prendre du recul bien sûr.

Devenir greffier

La justice s’articule en trois grandes filières: le pénal, le civil et le droit public. La première sanctionne des comportements interdits par la loi pénale, la deuxième gère des litiges entre deux particuliers tandis que la troisième tranche des différends relatifs aux décisions prises par l’État. Les greffiers sont actifs dans ces trois domaines aux conditions suivantes: être titulaire d’une maturité professionnelle commerciale, ou d’un CFC, complétée par trois ans minimum d’expérience, idéalement dans le milieu judiciaire ou juridique. La maîtrise de la langue française et de la dactylographie est indispensable. Une fois engagés, tous les greffiers suivent une formation continue à l’École romande en administration de la justice.

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