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Podologue: un pied dans la théorie, l’autre dans la pratique

Les praticiens romands, formés à Genève, sont assurés de trouver des débouchés professionnels, notamment comme indépendants

Patrick Bagnoud

Selon les recommandations de l’OMS, nous devrions faire 10 000 pas par jour au cours de notre vie, ce qui correspond à plus de quatre fois le tour de la Terre… Petits ou grands, plats ou creux, romains, grecs ou égyptiens, les pieds sont indispensables à notre mobilité et à notre santé en général. Autant dire qu’ils méritent une attention toute particulière, dont les spécialistes sont les podologues. «A ne pas confondre avec les pédicures qui relèvent exclusivement du domaine de l’esthétique, insiste Maria Divorne, doyenne de l’École supérieure de podologues de Genève (ESPOD). Le podologue assure l’ensemble des soins du pied (mycoses, ongles incarnés, cors, etc.) et réalise aussi des semelles orthopédiques et des appareils correcteurs ou protecteurs des ongles, des orteils et de la posture.» Une diversité d’activités et de pratiques qu’Eduardo Agudo, responsable de la consultation podologique à l’Hôpital de La Tour à Meyrin (GE), souligne également, en rappelant que les podologues exercent avec des patients de tous âges et, très souvent, en collaboration avec d’autres professionnels de la santé. Parmi eux, les médecins généralistes, les pédiatres, les diabétologues, les physiothérapeutes, les ostéopathes, etc.

À pied d’oeuvre

A 18 ans révolus, avec un CFC en poche (de préférence dans le domaine santé), un certificat de l’École de culture générale option santé ou un diplôme équivalent, l’ESPOD est accessible moyennant un test d’habileté manuelle et de connaissances. «Et il faut aimer autant les pieds et les relations humaines», insiste la doyenne et responsable de filière. Chaque volée réunit une quinzaine d’étudiants âgés de 18 à 40 ans, avec une prépondérance féminine qui tend à s’estomper. «L’école pourrait recevoir plus de candidats, mais notre métier est encore mal connu et parfois victime de certains préjugés, même si les débouchés professionnels sont assurés pour tous nos diplômés», assure Maria Divorne. Après s’être entraînés au scalpel sur des oranges (qui reproduisent à merveille les différentes couches de notre peau), les élèves vont sur le terrain. Ils effectuent plus de 3500 prestations annuelles auprès des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et de leurs patients. «La pratique est essentielle pour améliorer les compétences décisionnelles et gagner en autonomie, parce que ça reste avant tout un métier d’indépendant: dès la sortie de l’école, un jeune diplômé doit être capable de se mettre à son compte», explique la responsable. Le cursus de formation met donc également l’accent sur le droit, la comptabilité et la gestion. C’est ainsi qu’Odile Bigler Kanga a ouvert son cabinet quelques mois seulement après l’obtention de son diplôme. Elle se déplace aussi en EMS, chez des privés ou à la demande d’infirmières spécialisées dans les soins à domicile. «J’ai six à huit rendez-vous par jour, pour une activité à 60% flexible: un choix de vie qui me permet de m’occuper de mes deux enfants.» Pour s’installer, il faut compter environ 20 000 francs de matériel.

Des aiguilles au scalpel

Après son gymnase à Lausanne, un CFC d’horlogère à la vallée de Joux et trois petites semaines en HES, Agnès Thorens, 26 ans, a dit stop. «Ça ne correspondait pas à mes attentes, j’avais besoin de plus de contacts humains.» Elle enchaîne les stages dans tous les domaines de la santé et découvre le métier de podologue: «De la technique, de la précision, des soins et de l’écoute humaine, c’est tout moi!» Un métier dont elle apprécie particulièrement le côté concret. «Nous sommes très vite dans la pratique, à traiter des patients qui arrivent avec une douleur handicapante. Quand ils repartent et ne souffrent plus, c’est très gratifiant.» Le travail est conséquent: poser un bilan podologique et pratiquer des soins nécessite une connaissance approfondie de l’anatomie: «Tout y passe: os, articulations, ligaments, tendons, une mécanique complexe où il faut visualiser toutes les interconnexions», détaille l’étudiante de deuxième année. Sans oublier les nombreuses problématiques liées aux pieds «à risques» comme le diabète, l’insuffisance artérielle ou les problèmes de cicatrisation.

Podologue: un pied dans la théorie, l’autre dans la pratique