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Lever de rideau sur le nouveau master en scénographie à Lausanne

Inédite en Suisse romande, cette nouvelle orientation prendra ses quartiers dès la rentrée à la Manufacture à Lausanne

Iris Mizrahi

Elle manquait dans le paysage de la formation des arts vivants. Cinq ans après la création du master Théâtre dévolu à la mise en scène, «l’orientation en scénographie est devenue une nécessité en Suisse romande, lance Robert Cantarella, responsable de cette filière à la Manufacture (Haute École des arts de la scène), à Lausanne. Notre chance? Coexister dans un espace commun et écrire ensemble le théâtre d’aujourd’hui.» Cette orientation est résolument artistique, centrée sur le spectacle vivant et la dramaturgie de l’espace. Une formation qui permet aussi d’entretenir et de réinventer les paradigmes de la scène contemporaine. «On espère former des groupes de personnes qui travaillent ensemble, avec les acteurs, les danseurs et les techniscénistes, aussi présents dans le bâtiment pour leurs cours théoriques, indique Sylvie Kleiber, professeure référente de l’orientation en scénographie. Certains scénographes deviennent de véritables artistes qui créent un univers, avec leur signature, mais ils travaillent toujours en collaboration avec d’autres métiers.»

Écrire l’espace

Le théâtre est l’outil de la scénographie par excellence. Des partenariats se sont déjà noués avec plusieurs scènes romandes et françaises afin que les étudiants puissent travailler à la gestation et à l’application de leurs projets. «Ce master permet d’apprendre, de s’entendre avec un metteur en scène, de développer un langage, une confiance, de rater mieux pour enfin trouver», ponctue Robert Cantarella. Danse, art contemporain, architecture, cinéma, performance ou littérature sont autant de champs expérimentaux auxquels participeront les étudiants. Des ateliers de conception et de maquette étofferont également cette formation. Quant aux nouvelles technologies, à l’instar de la réalité augmentée, elles feront partie des outils apprivoisés, tout comme les techniques traditionnelles que tout scénographe se doit de connaître. «À chaque spectacle, quelqu’un a pensé à l’espace dont il aura décidé de l’organisation dans les moindres détails, poursuit Sylvie Kleiber, également diplômée EPFL en architecture. Nos étudiants apprendront aussi à évaluer le coût d’une scénographie.» Quatre places sont proposées dans l’institution lausannoise pour cette première volée.

L’expérience du Loup

Dans l’atelier de création où évolue Eric Jeanmonod, scénographe du Théâtre du Loup à Genève, les décors se dessinent et se construisent selon un déroulement qui laisse peu de place à l’improvisation. «Je pars toujours du texte. Je liste les lieux des actions et leur importance en fonction des scènes, relate l’artiste. Une scénographie est une machine à jouer. Plus elle est transformable, mieux c’est.» Outre une excellente connaissance du théâtre et de ses mécanismes, un sens pratique avéré, une certaine habileté manuelle et la faculté d’interagir en permanence avec le metteur en scène constituent le coeur d’un métier proche de l’architecture. À la fois scénographe et metteur en scène de la pièce actuellement en création, Eric Jeanmonod n’a de cesse d’inventer de nouvelles. Imaginez un New York ambiance seventies, un appartement miteux, un bar de quartier, un cabinet de psy, une vieille ferme abandonnée, des scènes de rue et pléthore de voitures. Le décor de «Jimmy the Kid» est planté. Un vrai casse-tête scénique. «Pour les scènes intérieures, j’ai imaginé une structure évoquant une architecture simple: trois étages et douze cases. Brique rouge, échelles à incendie et un étage supérieur qui évoque le toit d’une barre d’immeuble typique de New York, détaille le scénographe. Les comédiens évolueront à 5 mètres de hauteur dans l’action de la première scène!»

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