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Les métiers n’ont pas de sexe

Filles et garçons, de 9e à Genève et de 7e-8e-9edans le canton de Vaud, découvriront leur «Futur en tous genres», le 14 novembre

Eliane Schneider

Le projet intercantonal Futur en tous genres, lancé en 2001 sous l’appellation Journée nationale des filles, est soutenu parle Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (Sefri). Depuis, plus d’un million de jeunes y ont pris part en Suisse. L’occasion pour eux de découvrir de nombreux domaines professionnels et des parcours de vie inédits, de réfléchir aux choix de carrière et des perspectives de vie sans a priori de genres ni idées préconçues.

Ouvrir une brèche

«L’objectif pédagogique est de déconstruire les notions de genre dans les professions. En partant du principe qu’il n’y a de voie spécifique ni pour les filles ni pour les garçons»,explique Oskar Hnatek, coordinateur romand de l’association Futur en tous genres. En effet, le 14 novembre, pas de journée d’orientation classique (où le jeune foncerait dans son domaine de prédilection en s’inscrivant à l’atelier qui confirme ses aspirations), mais un moment peu ordinaire.«Pourquoi ne pas ouvrir une brèche, prendre à contre-pied un projet professionnel balbutiant en allant chercher des idées nouvelles auxquelles l’adolescent, ou sa famille et son entourage, n’aurait songé»,insiste-t-il. Par exemple, un garçon qui souhaite devenir ingénieur ne  s’inscrira pas dans un atelier proposé par un bureau technique, mais oser passer une journée dans un hôpital ou dans une classe enfantine pour découvrir les métiers différents de ceux qu’il connaît déjà. Parallèlement, une fille tentera l’informatique, la construction… juste pourvoir.Ouvrir les yeux des jeunes sur des domaines de formation qu’ils connaissent peut-être, mais dont ils ignorent qu’il peuvent s’y diriger,c’est bien le but de la journée! «Et ça avance: les femmes dans les filières techniques des hautes écoles sont passées de 4% en 2000 à 12% en 2018. Quant aux hommes, ils étaient 2% en 2000 à suivre une formation sociale pour 15% en 2017», rapporte le coordinateur.

Découvrir un univers

Le projet mobilise de nombreux partenaires, dont les écoles (du primaire à l’EPFL, en passant par les centres de formation professionnelle), les entreprises et la famille.La participation à la journée s’articule de différentes manières. Soit l’élève accompagne un parent ou un proche au travail, en recommandant la participation croisée, c’est-à-dire pour une fille de découvrir l’univers d’un proche dont la fonction est traditionnellement masculine, et inversement. Soit l’élève participe à un atelier thématique proposé par une école ou une entreprise. Par exemple, les filières MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et techniques) seront proposées aux filles alors que les garçons partiront à la découverte des filières CARE (santé, social). Une démarche qui peut susciter un intérêt, comme chez Marion, au sortir de l’atelier en 2018: «Les filles ont de super idées aussi. Tout le monde doit encourager les enfants, filles et garçons, à oser. Les parents, es enseignants doivent nous donner confiance pour réaliser des projets incroyables.» Enfin, à Genève, les élèves (sans option avant le jour J) seront pris en charge par leur établissement scolaire. Idem dans le canton de Vaud où ces élèves participeront en classe à des activités sur le thème des métiers, des rôles ou des fonctions qu’endossent traditionnellement les hommes et les femmes dans notre société.

Créer des modèles

En 2018, 150 directrices en entreprise ont animé quelque 500 ateliers «Une journée en tant que cheffe» dans toute la Suisse. «La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga a accueilli,en personne, plusieurs jeunes filles, rappelle Oskar Hnatek, coordinateur romand de l’association Futur en tous genres. Pour leur montrer qu’il est possible d’accéder à des responsabilités, que le plafond de verre n’est pas infranchissable.» La Fribourgeoise Geneviève Gassmann, cheffe de la région Suisse romande de Fenaco, souligne: «La volonté de notre coopérative est d’augmenter la proportion de femmes dans ses instances décisionnelles. Mon initiative personnelle, via cet atelier, permet de préparer la relève. Les hommes sont moins attentifs aux embûches que rencontrent les jeunes femmes dans ce parcours vers les fonctions dirigeantes. La diversité de genre, de culture et d’âge est la clé de la réussite entrepreneuriale.» À Genève, Elodie Fresnel, responsable des ressources humaines Europe de la multinationale Lexmark, fera en sorte que des jeunes filles s’initient à la journée de travail de trois des directrices de l’entreprise. «Elles manquent de modèles,de légendes de femmes. Il faut créer de la visibilité!» Par ailleurs, l’Université de Genève propose des ateliers uniquement destinés aux garçons: «Dans la peau d’un enseignant» permettra aux inscrits de participer aux activités d’une classe enfantine, où les hommes sont minoritaires.«Là où il y a un déficit de genre,il faut agir!», lance Brigitte Mantilleri, directrice du Service de l’égalité. Et quand on sait que l’Université de Genève compte 61,3% d’étudiantes mais seulement 28,5% de professeures, marteler l’égalité, encore et toujours, n’est pas dépourvu de sens.»

«Les choix professionnels restent fortement marqués par l’appartenance sexuelle»

Trois questions à Colette Fry, directrice du Bureau de la promotion de l’égalité et de prévention des violences (BPEV), à Genève.

Une journée particulière?  La journée Futur en tous genres représente l’un des projets phares du BPEV. Il n’en reste pas moins que, tout au long de l’année, nous menons des actions de promotion de choix professionnels décloisonnés. Par exemple, nous soutenons les Olympes de la Parole, ce concours inter-Cycles d’orientation Pour en finir avec les stéréotypes de genre dans l’orientation professionnelle, proposé par l’Association genevoise des femmes diplômées des universités (AGFDU). Ou encore le projet Ose tes rêves, dans le cadre du plan d’action MINT du Conseil d’État, qui propose une série de capsules vidéo présentant des jeunes «pionniers ou pionnières» ayant choisi des carrières atypiques captivantes. Nous développons également, avec l’Université de Genève, une plate-forme de bonnes pratiques concernant l’égalité au travail en lien direct avec plus de 40 entreprises. Pour que les longues études ou l’investissement dans un métier considéré atypique ne se heurtent pas à des barrières et à la discrimination.

Un plafond de verre pour les filles?  Oui, mais plutôt paroi de verre, tant pour les filles que pour les garçons d’ailleurs. Les jeunes hésitent à se projeter dans des métiers qui ne font pas partie de leur univers spécifique, selon des représentations encore très genrées. Ils et elles observent (et considèrent encore) ces métiers différents, ces parcours inédits au travers de parois transparentes, qu’il s’agit de briser.

Les perspectives pour 2020?  Inscrire nos actions (touchant toute la société) dans la durée car le chemin de l’égalité dans le choix professionnel n’est pas le même pour tout le monde. L’Office fédéral de la statistique nous le rappelle chaque année. Même s’il y a des progrès,les choix professionnels restent fortement marqués par l’appartenance sexuelle: études techniques pour les garçons, santé-social pour les filles!

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