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Les filles s’approprient l’ingénierie

Unique en Suisse romande, une année préparatoire pour future ingénieure a été mise en place

Eliane Schneider

En Suisse, le monde de l’ingénierie offre de nombreuses formations et assure des débouchés professionnels dans des métiers extrêmement variés. Toutefois, selon économiesuisse, il va manquer à terme dans notre pays entre 20 000 et 50 000 ingénieurs, tous secteurs confondus. La part des femmes dans cet univers reste aujourd’hui encore tout à fait confidentielle. «Il faut donc former davantage d’ingénieurs, en commençant par motiver les jeunes gens et les jeunes filles pour ces métiers», lance Fathen Urso, ingénieure en aménagement hydraulique et directrice de l’Année préparatoire pour future ingénieure (AFPI). Pour tenter de dépasser un certain nombre d’a priori pénalisants et faciliter l’accès des jeunes filles à ces formations, la Haute École d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) a créé cette année préparatoire spécialement dédiée aux jeunes filles. «Le déficit d’informations sur les filières techniques est tel que les filles n’arrivent toujours
pas à s’y projeter, assure-t-elle. Dès le primaire, l’orientation scolaire cible trop rarement ces métiers, en particulier pour les adolescentes qui se dirigent finalement là où on veut les amener: commerce, santé, social. Les stéréotypes restent tenaces et les étiquettes souvent stigmatisantes: les filles ne seraient pas douées en maths, elles n’auraient pas assez de force et donc rien à faire sur les chantiers…»

Entreprises partenaires

L’APFI a débuté en 2004, «avec moins de dix inscrites, pour atteindre cette année une volée de plus d’une trentaine de jeunes femmes venant de toute la Suisse romande», se réjouit Fathen Urso. Cette année préparatoire est destinée aux détentrices d’une maturité fédérale ou d’un titre jugé équivalent qui envisagent une formation en ingénierie au sein d’une Haute École spécialisée de la HES-SO. Elle s’articule en deux temps. Le premier semestre de cours, d’information et de coaching permet aux étudiantes de mûrir leur choix de filière. Le second se présente sous forme de stages pratiques en entreprise, ciblés selon la filière choisie. «C’est une alternative judicieuse à l’année de stage exigée par les conditions d’admission dans les HES, qui constitue souvent le parcours du combattant pour un garçon et devient presque mission impossible pour une fille», précise la directrice. Raison pour laquelle l’AFPI a constitué un solide réseau d’entreprises (parmi lesquelles Bobst, CFF ou Romande Énergie) et de nombreux bureaux d’études partenaires qui ouvrent leurs portes aux étudiantes. Au terme de l’AFPI, 75% des étudiantes poursuivent leur cursus en ingénierie, dans les filières des cinq écoles du domaine de l’ingénierie et l’architecture de la HES-SO: HEPIA à Genève, HEIG-VD à Yverdon, HE-ARC Neuchâtel Berne Jura, HEIA-FR à Fribourg, HES-SO en Valais. Globalement, les filles représentent 20% des effectifs de ces hautes écoles. Avec toutefois des différences sensibles selon les domaines: elles ne sont ainsi que 2% à 6% dans les télécommunications, l’informatique ou la microtechnique. «Nous soutenons la démarche de l’APFI, même si HEPIA n’accueille encore que très peu de filles. Elles se confinent dans des filières de l’ingénierie comme l’agronomie, la gestion de la nature, l’architecture du paysage (plus scientifiques ou artistiques) et moins techniques», ajoute Anne-Catherine Rinckenberger, professeure HES à HEPIA à Genève.

«Un programme persuasif»

À la sortie de sa maturité scientifique, Rachel Thomson souhaitait en savoir plus sur les métiers techniques qu’elle ne connaissait que peu. «Grâce à l’APFI, j’ai pu m’approprier le panel complet de ces filières, une sorte de «tout-en-un». Un programme chargé mais persuasif.» Son idée initiale d’études en géomatique s’est ainsi confirmée. Deux ans après avoir obtenu son diplôme, elle travaille dans un bureau d’ingénieurs spécialisé dans l’acoustique où elle analyse et modélise notamment des mesures de bruit dans les secteurs routier, ferroviaire ou immobilier. De son côté, Aline Chacòn, vient de débuter l’APFI cet automne. «Instinctivement, je pensais m’orienter dans un domaine que je connaissais déjà par les études que j’avais entamées en HEC comme l’ingénierie de la gestion», explique-t-elle. Mais, lors des journées d’information organisées par les cinq HES techniques, cette férue de technologie découvre l’ingénierie des médias: «Les projets des étudiants m’ont bluffée! Une entreprise a, par exemple, mandaté la HEIG-VD pour analyser où se posait le premier regard des internautes et où s’effectuait leur premier clic sur la
page d’accueil de leur site internet, afin de mieux corréler ces deux actions. C’est désormais cette filière médias que j’ai à l’oeil!»

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