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Les artistes en devenir s’immergent dans d’autres langues

Plusieurs écoles d’art de Suisse participent au projet d’échanges linguistiques, lancé par le CFP Arts de Genève

Iris Mizrahi

«Rien ne développe l ’intelligence comme les voyages», écrit Émile Zola dans ses «Contes à Ninon». Quelques élèves du Centre de formation professionnelle Arts de Genève (CFP Arts) l’ont bien compris et n’ont pas hésité à saisir l’opportunité d’un échange linguistique dans le cadre de leur formation pour se frotter à une autre réalité, ailleurs en Suisse et au-delà de ses frontières. «Nous avons lancé les contacts avec les écoles d’art de Suisse afin de mettre en place les échanges. La plupart ont accepté: Saint-Gall, Berne, Lugano ou encore Lenzburg», rapporte Irène Kistler, chargée du projet d’échanges linguistiques. Séduite par cette initiative, Movetia (agence nationale chargée de la promotion des échanges et de la mobilité) met depuis deux ans à disposition du CFP Arts un fonds permettant de financer en grande partie ces voyages formateurs. Durant un mois, cinq à sept élèves partent chaque année dans le courant de leur deuxième année de formation pour un stage linguistique. Ils séjournent en principe chez leur binôme, dans sa famille, suivent les mêmes cours ou travaillent en entreprise et lui rendent la pareille quelques mois plus tard.

Une autre approche

«Compréhension et expression orale de l’allemand, découvertes et rencontres, autonomie, sortie de sa zone de confort, preuve de courage et de maturité, bouffée d’oxygène, coupure avec sa vie à Genève et, surtout, des moments inoubliables!», synthétise Ulysse Lozano, apprenti polydesigner 3D, parti deux fois à Saint-Gall pour un échange linguistique dans l’école d’arts appliqués, puis pour un stage de six mois dans un bureau de design. «Je me suis rendu compte que j’étais capable de me confronter à l’inconnu malgré une barrière linguistique et c’est grâce à cela que j’espère un jour pouvoir étudier à l’étranger», poursuit-il. Bien que l’ordonnance fédérale de leur formation respective soit identique dans toute la Suisse, les apprentis en déplacement relèvent des différences parfois notoires dans son application. «En comparaison, j’étais plus avancée sur le programme du CFC. Par contre, en maturité professionnelle, c’est l’inverse, car ils ont plus d’heures que nous, remarque Ivana Lopez, apprentie en architecture d’intérieur, partie à Lugano au Centro scolastico per le industrie artistiche. On apprend les termes techniques et d’autres méthodes de travail. Leurs salles d’atelier sont en open space où les élèves de tous les niveaux travaillent ensemble. J’ai pu rencontrer plein de monde et j’ai gardé de précieux contacts.» À la Schule für Gestaltung à Berne, la mixité des niveaux se pratique aussi, «même pour les cours théoriques, s’étonnent Elena Liardon et Samuel Gilliand, apprentis céramistes. L’école est hypervaste et possède des machines qu’on n’avait jamais vues avant, on dirait un musée! Ils ont plus de moyens que chez nous avec des possibilités de création plus étendues.»

Loin du cocon

Tous les élèves ne sont pourtant pas éligibles au départ. «Les candidats doivent être sérieux, réguliers et signer un contrat qui les engage à respecter les règles de l’école ou de l’entreprise et celles de la famille d’accueil», précise Irène Kistler. Un dossier descriptif de l’environnement d’accueil (famille, amis, photos et texte de présentation) permet un début de projection. «Je voulais faire un échange mais je ne savais pas si j’allais m’entendre avec ma partenaire, intervient Eva Mercurio, apprentie graphiste, partie à Lugano. Pourtant, au bout d’une semaine, je me sentais chez moi. Si on a envie de connaître autre chose, c’est un état d’esprit. J’ai fait ensuite un stage en Belgique, et j’ai encore envie de repartir.» Movetia octroie également au CFP Arts un fonds pour des stages de plus longue durée hors des frontières helvètes. Une occasion saisie par Florian Racaud, apprenti polydesigner3D, parti six mois à Londres dans une entreprise de design. «Cette expérience m’a tellement plu que je me suis inscrit à l’Université de Kingston à Londres pour poursuivre mes études.» Car une carrière professionnelle dans le domaine artistique se construit par essence sur la base d’une curiosité insatiable. Tous les jeunes s’accordent sur un constat: «Il ne faut pas manquer l’occasion de partir. Pour qui a soif d’aventure et n’a pas peur d’être confronté à lui-même, c’est le moment. Ces expériences forgent la jeunesse et nous préparent à notre vie dans lemonde des grands.»

Plus d’infos
www.movetia.ch
et http://cfp-arts.ch

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