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Le bibliothécaire se renouvelle sans cesse pour mieux transmettre le savoir

Papier, audiovisuel et numérique se mêlent désormais dans les bibliothèques, sans effacer le contact direct avec les consultants

Iris Mizrahi

La bibliothèque est un «troisième lieu», quelque part entre le travail et la maison, où l’on peut se cultiver, écouter de la musique, discuter ou simplement souffler», observe Virginie Rouiller Maugué, adjointe de direction à la Bibliothèque de la Cité, sise au centre-ville de Genève. Si l’un des grands axes stratégiques des bibliothèques municipales (BM) consiste à s’adapter aux nouvelles technologies, le travail des spécialistes en information documentaire (professionnels ID, anciennement bibliothécaires) est, lui aussi, amené à évoluer en fonction des besoins pléthoriques d’un public tout aussi éclectique. Trois professionnels témoignent de leurs pratiques, diverses et complémentaires.

Fans de BD et de langues

Cathy Gasser évolue à la Bibliothèque de la Cité depuis son ouverture il y a 28 ans. «À l’époque, on travaillait encore avec des fiches et on cherchait l’information dans les livres. C’était un univers de papier», se souvient la spécialiste, férue de bande dessinée. Responsable de la section BD pour adultes, elle «désherbe» (ôte du prêt les documents obsolètes ou abîmés) et achète les nouveautés pour l’ensemble des BM. «Sitôt que vous avez une spécialisation, ça se sait et des collaborations se nouent avec des partenaires externes», poursuit celle qui propose des expositions thématiques permettant de valoriser les fonds (actuellement sur les violences faites aux femmes) et prépare la bibliographie pour la «Semaine de l’égalité» organisée dans le cadre de l’Agenda 21. «Je lis les critiques et suis en permanence l’actualité de la BD. On a besoin de professionnels de terrain possédant une bonne culture générale pour permettre aux autres de l’acquérir, insiste-t-elle. Les gens aspirent à être compris et aidés. C’est un métier d’écoute, qui joue un vrai rôle social.» Thierry Leu, professionnel ID de la section documentaire adulte, abonde dans le sens de sa collègue. Spécialisé dans les méthodes de langues et particulièrement sensible à l’intégration des étrangers, il se considère volontiers comme «un facilitateur», qu’il s’agisse d’accompagner à l’écran les personnes s’initiant en ligne ou d’organiser un «troc de langues» à l’ancienne. «Sur des post-it, les gens proposent des échanges de langues, car c’est aussi une manière d’apprendre», relève le spécialiste au service d’un public composé à parts égales de migrants, de retraités, de personnes en réorientation professionnelle et de touristes en partance pour un week-end.

De la prison à la biblio

Au bénéfice d’un CFC de commerce et d’un brevet fédéral d’agente de détention, Salomé Jaton a travaillé plusieurs années dans une prison avant de changer d’horizon. «Cette expérience m’a appris à gérer des situations délicates. La bibliothèque est un lieu public, ouvert à tous, avec les dérives que cela peut supposer. Il faut être à l’écoute, décrypter la posture, être au contact de gens différents avec des demandes qu’il faut savoir démêler. C’est une véritable école de vie.» La jeune femme entre à la Haute École de gestion de Genève (HEG) sur dossier et suit sa formation de spécialiste en information documentaire à mi-temps en travaillant dans plusieurs bibliothèques. «La transition me paraissait logique car j’aime le contact et j’avais envie d’être utile à la société, mais différemment, poursuit-elle. La bibliothèque, c’est une minidémocratie où chaque citoyen est accueilli. Et les valeurs qui y sont promues me tiennent à coeur.» Chargée de la programmation du domaine numérique, Salomé Jaton accueille le public dans un espace consacré aux nouvelles technologies. On y trouve des jeux vidéo en prêt, des tablettes avec lecture de la presse en ligne, diverses applications (vie pratique, jeunesse, etc.). Mais c’est le service «Emprunter un bibliothécaire» qui remporte le plus franc succès. Sur rendez-vous, le consultant bénéficie de l’accompagnement d’un professionnel pendant 40 minutes afin de l’aider à résoudre toutes les questions en lien avec le numérique: comment envoyer un MMS, utiliser Instagram, publier un CV en ligne, etc. «Le numérique fait partie de la société d’aujourd’hui, mais il existe une réelle fracture au niveau de son utilisation, constate la spécialiste. Le public nous considère comme des gens qui savent tout sur tout. En fait, nos études nous préparent à chercher l’information, à vérifier sa fiabilité et à la transmettre, ce qui nous donne les outils et les capacités pour répondre à une infinité de questions.»

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