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L’horlogerie à l’heure de la relève

Le Campus genevois de haute horlogerie forme des apprentis dans un éventail de métiers. Tour d’horizon

Iris Mizrahi

Comment imaginer plus bel écrin pour une école dévolue aux métiers de l’horlogerie? Depuis mai 2016, le Campus genevois de haute horlogerie (CGHH), véritable petite ville à la pointe de la technologie, accueille dans ses locaux une école unique en Suisse, dont les apprentis sont chacun parrainés par l’une des marques du groupe Richemont. «Notre idée était de lancer chaque année un nouveau CFC, intervient Damien Gisler, responsable École CGHH. Mission accomplie, avec actuellement 26 apprentis dans quatre métiers différents.» Dynamique, engagée, la politique de
l’école a même permis de ressusciter des formations dans des métiers d’art tombés en désuétude (gravure et émail). Des partenariats sociaux sont aussi mis en place avec l’accueil de jeunes issus de l’immigration, engagés pour une formation d’opérateur en horlogerie AFP, et l’accompagnement d’un apprenti horloger au bénéfice de l’AI. «C’est la preuve que des offices cantonaux peuvent trouver un relais dans l’industrie. Et c’est une première. Grâce à son infrastructure, le Campus peut rendre cette action possible», se réjouit le responsable, convaincu que «l’intégration dans la formation professionnelle est la meilleure façon de réussir l’insertion. Et maintenant que toutes nos formations initiales sont bien en place, elles continuent de s’étendre à l’interne dans le cadre de formations continues. L’école, c’est un véritable centre de compétences qui favorise les connexions entre les marques et les collaborateurs.»

Odile Perrin , 20 ans, apprentie graveuse en 4e année La gravure? Elle n’y connaissait rien. Mais son penchant pour l’art en général, le piano, la danse et les activités manuelles en particulier pousse la jeune Odile à se présenter, portée par des parents bien inspirés. «On était pionnières au début. Il a fallu commencer par apprendre comment on tient un outil dans la main. Mais tout s’acquiert quand on a la motivation. J’ai appris le dessin technique, la symétrie, des repères que je n’avais pas avant», pointe Odile Perrin, dont les deux formateurs aux parcours hétéroclites lui enseignent des méthodes différentes, d’où la richesse d’une formation qu’elle qualifie de «très complète». D’autant plus qu’elle évolue au Campus au milieu d’un panel d’autres métiers. Férue de la Maison Van Cleef & Arpels, qui la marraine, elle y a déjà effectué deux stages d’un mois et demi et un troisième est en perspective. «J’aime l’image et le caractère de cette marque. Je me vois travailler chez eux et un jour, à mon tour,être formatrice pour transmettre.»

Margot D’Halluin , 25 ans, apprentie émailleuse en 3e année «Nous sommes deux apprenties de la première volée, témoigne Margot D’Halluin. Avec une professeure pour nous toutes seules, on bénéficie pratiquement d’un cours privé!» Originaire de Bordeaux, au bénéfice d’un bac général et d’un CAP en bijouterie, elle découvre l’émail sur cadran en haute horlogerie et c’est le coup de foudre. «J’avais envie d’en connaître le secret. La bijouterie, c’est d’abord le métal. L’émail est plus difficile à apprivoiser. On apprend à travailler le verre, le passage au four et la compatibilité avec le métal.» Si la grisaille et la peinture miniature nécessitent des compétences en dessin, la jeune femme avoue une préférence pour l’aspect technique, comprendre les petits mystères de fabrication. «L’émail s’adapte en horlogerie mais aussi sur des objets, des vases. Avec les critères d’excellence de la haute horlogerie, on atteint un très haut niveau d’exigences et une extrême rigueur. Cela permet d’être plus libre après, relève la jeune femme, également parrainée par Van Cleef & Arpels. On se dit régulièrement à quel point on a de la chance. Les professeurs sont rigoureux et bienveillants. On est plus que privilégiées.»

Darrell Lee , 24 ans, apprenti micromécanicien en 4e année Après une maturité gymnasiale, Darrell Lee pense d’abord à l’architecture. «À l’armée, j’ai rencontré des gens manuels et mes horizons se sont ouverts. J’ai ainsi découvert la micromécanique, l’usinage des pièces et donc leur création.» Les deux premières années, il se forme sur les machines conventionnelles, apprend à sentir la matière, à connaître les procédés. Les deux dernières, il travaille sur des machines à commandes numériques et s’initie à la programmation. «Au Campus, on évolue dans un cadre à la fois scolaire et professionnel, dépeint le jeune homme, parrainé par Vacheron Constantin. Je me projette en technicien ES en micromécanique, dans un bureau de méthodologie où l’on conçoit des plans. Finalement, je retrouve mes marques de départ. J’aime connaître ce que l’on construit. On part de la matière brute, c’est une autre façon de réfléchir, de prendre son temps, avec méthode et rigueur. Comme dans la vie, une vraie leçon.»

Thibault Bounnoy , 16 ans, apprenti opérateur en horlogerie en 1re année Thibault Bounnoy ne tombe pas tout à fait par hasard dans les rouages de l’horlogerie. «Mon père travaille chez Roger Dubuis en micromécanique. J’ai passé les tests pour la formation d’opérateur en horlogerie avec succès», annonce-t-il fièrement. Il commence par l’apprentissage des trois mouvements (manuel, automatique et quartz) avant de mettre à l’épreuve ses compétences, dès la 2e année, lors de stages au sein de la Maison Vacheron Constantin qui le parraine. «Au départ, la position de travail n’est pas évidente mais on s’habitue. Je suis hyper-patient, alors ça me va. Je me dépense en nageant.» En début d’année, les apprentis notent les mots qui leur paraissent les plus importants, lesquels constitueront le socle de la charte à respecter tout au long de leur formation: patience, persévérance, autonomie et travail d’équipe. «À se remémorer en cas de doute…»

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