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L’artisanat d’art à coeur ouvert

L’Association suisse des métiers d’art récompense l’excellence des artisans helvètes. Portrait d’un amoureux du bois et du beau.

Iris Mizrahi

«Au hasard d’une balade en forêt, je trouve un bout de bois. Il est en train de pourrir, les champignons ont commencé leur ouvrage de dessin. Et c’est magique.» Le décor est planté. Les idées sortent du bois. À 24 ans, Mathias Lecocq déploie l’éventail de son talent d’artisan tourneur et sculpteur sur bois. Un métier rare et un savoir-faire récompensé par le premier Prix Relève Métiers d’Art, décerné par l’Association suisse des métiers d’art (ASMA) (lire ci-contre).

Jeune pousse

Sa passion pour le bois s’enracine dès l’enfance quand il récupère des chutes de sapin pour les transformer en cabanes à oiseaux à l’aide d’une simple scie. Il vend ses créations d’ado autodidacte sur les marchés, s’intéresse à l’ébénisterie, puis opte pour la formation de polydesigner 3D au sortir du cycle d’orientation.

«J’ai appris à pousser loin la recherche des formes, à développer des concepts de A à Z, à combiner l’esthétique à l’utile. Je voulais être à la fois designer et artisan.» Après son CFC obtenu en 2017 au Centre de formation professionnelle arts à Genève, et déjà quelques clients à son actif, Mathias acquiert un tour à bois afin d’assouvir son envie de formes arrondies. Il s’expatrie en France pour se former à l’art du bois option tourneur, décroche un CAP (Certificat d’aptitude professionnelle), mais sa sève de savoir ne fait que croître. Rencontré sur sa route, un formateur Meilleur ouvrier de France ajoute une corde à son arc en lui transmettant les techniques de la sculpturesur bois. Désormais professionnelde la branche, il prend son envol etse lance à son compte.

Question d’essence

Dans les scieries des alentours, il trouve sa matière première de bois local séché et débité (érable, frêne, hêtre). Pour la sculpture, il préfère le noyer, le poirier, le tilleul ou lechêne «même si tous les bois se tournent, sauf le sapin, trop tendre. Chaque arbre est différent selon l’endroit où il pousse.» Ce frisson de surprise, Mathias l’espère à chaque découverte, lorsqu’il chasse le bout de bois en forêt. «Même un bois sec va bouger, c’est une matière vivante, explique-t-il. Parfois, je trouve un gros noeud dans un chêne. Soit je le contourne, soit je le sublime.» Une fois le bois brut dégrossi, il est peaufiné et sculpté à la gouge. Bols, lampes, objets de design contemporains ou traditionnels et autres créations naissent de la subtile alliance entre la machine et la main. Originaire de Coppet (VD), le jeune artisan s’est installé depuis peu à Château-d’OEx, dans un chalet qui abrite aussi son petit atelier. Son travail de solitaire est visible dans sa boutique fraîchement inaugurée au centre du village et sur toutes les ramifications des réseaux sociaux.

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«Les métiers d’art ont de l’avenir»

Trois questions à Mathieu Thibaud-Rose, chargé de projets à l’Association suisse des métiers d’art (ASMA).

Pourquoi l’ASMA a-t-elle été  créée ? L’Association suisse des métiers d’art a été fondée en 2016 à Genève. Elle a pour but de fédérer et de coordonner l’action des cantons pour préserver les métiers d’art en Suisse, les valoriser et encourager leur développement. Ses principales missions sont nombreuses: inventorier les métiers d’art dans notre pays, coordonner la participation helvétique aux Journées européennes des métiers d’art, honorer et récompenser les artisans d’art exerçant en Suisse distingués pour leur excellence, favoriser la transmission des savoir-faire en promouvant l’apprentissage et la formation aux métiers d’art, aider à la préservation des savoirs et des compétences des métiers d’art en danger de disparition, valoriser l’apport des métiers d’art à la vie économique suisse, représenter la Suisse dans les institutions internationales actives dans le domaine de la promotion des métiers d’art. Les actions de l’ASMA portent sur toutes les communautés linguistiques et les cultures du pays. L’Office fédéral de la culture soutient l’association en lui apportant son haut patronage. À ce jour, ce sont sept cantons qui sont membres de l’association: Genève, Vaud, Jura, Neuchâtel, Valais, Berne, Tessin. 

Quelle est actuellement la situation des artisans et quel avenir pour  les métiers d’art?  La situation des artisans en ces temps de crise dépend fortement de leur structure et de leur modèle économique, de leur secteur d’activité et de l’ancienneté de leur entreprise. Les sociétés bien établies sont potentiellement plus résilientes en cas de coup dur que celles de jeunes artisans qui viennent tout juste de se lancer. C’est ici la raison première du prix Relève Métiers d’art qui offre un soutien à de jeunes artisans d’art de talent. Nous sommes persuadés que les métiers d’art ont de l’avenir. Ces temps de crise mettent aussi en exergue des valeurs importantes et le retour vers d’autres modes de consommation, plus locaux, plus écoresponsables, plus durables… 

Comment soutenir ces artisans?  Très simplement en privilégiant vos achats chez eux. Pour Noël bien sûr, mais tout au long de l’année aussi. Depuis mars 2020, l’ASMA anime aussi trois arcades en face du nouveau Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne, sur le site de Plateforme 10.

Les informations et le palmarès complet des prix 2019-2020 peuvent être consultés sur le site internet www.metiersdart.ch. I.M.

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