Cybermag / A la une / Géomaticien, un métier de terrain

Géomaticien, un métier de terrain

Ces spécialistes des géodonnées interviennent en amont et en aval de toute construction

Regula Eckert

Ces jours-ci, CamillecPouillard, apprentie  géomaticienne orientation mensuration officielle de 2e année, travaille sur le chantier du prolongement de la voie du tram de Bernex, dans le canton de Genève. Aux côtés d’un géomaticien expérimenté, elle apprend à utiliser un GPS pour délimiter l’emprise du chantier sur différentes parcelles. Pour ce faire, elle insère dans la tablette le plan comportant les coordonnées géographiques des points de délimitation, qui seront matérialisés par des piquets sur le terrain. Un peu plus loin, elle participe à l’implantation d’un mur de soutènement. L’apprentie charge les données référencées dans le théodolite, instrument qui mesure les angles et les distances par le biais d’un prisme réfléchissant. Nivellement d’un quai de gare, transposition d’un plan de villa, cadastration de nouveaux bâtiments ou encore relevé topographique d’un parc, son environnement de travail ne cesse de changer. À l’aise devant un ordinateur comme sur le terrain, Camille Pouillard s’intéresse tout particulièrement aux chantiers. De l’emplacement du terrassement à l’implantation des éléments de l’ouvrage, la géomatique assure la correspondance entre les plans et les constructions érigées sur le terrain. «La précision des mesures et la fiabilité des repères sont un défi permanent! Tout décalage peut induire une cascade de conséquences», considère l’apprentie. Lorsqu’elle aura terminé son CFC, elle envisage un brevet fédéral de technicienne en géomatique pour se spécialiser dans les mesures de chantier et la gestion de projet.

Relever l’existant

Relevés topographiques, mesures de terrains et de bâtiments, implantation de chantiers et d’ouvrages, les géomaticiens sont chargés de la saisie, du traitement et de la visualisation des géodonnées de base – limites, altitudes, géométrie et volumes d’objets naturels ou construits – pour le cadastre,
les professionnels de la gestion du territoire et de la construction. Fondement du métier, la mensuration officielle a pour tâche principale de relever les limites des biens-fonds au moyen d’instruments électroniques et optiques. Intégrées dans le Registre foncier, ces données ont force juridique. Requise par l’État, cette tâche est exécutée par les géomaticiens sous la responsabilité d’un ingénieur géomètre breveté. «Des technologies de pointe telles que la photogrammétrie par drone pour la modélisation topographique d’un site de grande envergure ou encore l’auscultation géométrique par balayage laser d’ouvrages à rénover ont élargi le champ professionnel de la géomatique», souligne Laurent Berset, responsable de la promotion des métiers et de la relève à l’Association faîtière des géomaticiens de Suisse. «Toutes les transformations de l’environnement construit, bâtiments, routes ou ouvrages d’art, de même que les modifications naturelles du paysage, lisières de forêt, éboulements, doivent être reproduites fidèlement de manière à conserver un cadastre pérenne», ajoute Dominique Boymond, ingénieur géomètre, président de la commission romande paritaire pour l’apprentissage de géomaticien.

Se projeter loin

Dotés d’une maturité professionnelle technique, intra ou post-CFC, les géomaticiens peuvent poursuivre leur formation dans la filière bachelor en ingénieur HES-SO en géomatique et gestion du territoire de la HEIG-VD. Les plus passionnés pourront approfondir leurs compétences avec le master conjoint HES-SO-UNIGE en développement territorial, orientation ingénierie géomatique. Ce diplôme est par ailleurs la seule voie d’accès de Suisse romande aux examens du brevet fédéral d’ingénieur géomètre officiel, graal de la profession.

Une ressource stratégique

Sur le socle des géodonnées de base viennent se greffer toutes sortes d’informations géographiques sur l’utilisation du sol et du sous-sol – habitat, industries, terres agricoles, patrimoine boisé, canalisations souterraines, potentiel solaire des toits, etc. ainsi que des analyses géographiques – zones de pollution, plaines inondables, bruit routier, etc. Réunies dans les systèmes d’information du territoire (SIT), elles offrent une description fine du territoire générant de multiples applications dans l’aménagement du territoire, les transports, les Services industriels, la construction, la protection de l’environnement, la sécurité et la qualité de vie. «Cet essor de la géoinformation a conduit la faîtière des géomaticiens à mettre sur pied une orientation en géoinformatique consacrée au traitement et à la visualisation de géodonnées sélectionnées ou agrégées selon les besoins, relève Laurent Berset. La plupart des décisions prises sur les plans économique, sociétal et environnemental sont fondées sur des plans, des cartes ou des modèles 3D, produits par les géomaticiens de l’orientation géoinformatique.»

Géomaticien, un métier de terrain