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Feu vert pour les pros de la mobilité

Une nouvelle association professionnelle prépare le futur de métiers en pleine mutation. Un secteur qui recrute pour l’apprentissage

Patrick Bagnoud

Transition énergétique et nouvelles technologies ne sonneront pas le glas de la mobilité. Entretien, réparations, carrosseries à redresser, à repeindre et des chauffeurs pour conduire les nouveaux véhicules à émission zéro seront toujours nécessaires. Mais les professions vont muter, se transformer en intégrant ces nouveaux éléments. Pour mieux appréhender l’avenir, les sections genevoises de l’UPSA (Union professionnelle suisse de l’automobile), de Carrosserie Suisse et de l’ASTAG (Association suisse des transports routiers) unissent leurs efforts au sein de la nouvelle association genevoise pour la formation professionnelle des métiers de la mobilité (AGFM). Genève est pionnière en la matière.

L’union fait la force

«Avec l’AGFM, nous souhaitons créer des synergies entre les professions de la mobilité qui mettent en valeur la formation initiale ou continue et qui permettent d’anticiper les changements technologiques dans le cadre d’un développement durable», souligne Laurent Baechler, secrétaire de l’association et chargée des cours interentreprises à la Fédération des entreprises romandes Genève (FER Genève). Créée en février sous l’impulsion d’Urs Burger, président de la commission de formation professionnelle de l’UPSA et président de l’AGFM, l’association n’a pas chômé. Outre les réflexions concernant la réalisation d’un futur centre de formation professionnel regroupant les métier de la mobilité, elle a d’ores et déjà mis en place un test d’aptitude à l’apprentissage commun pour les carrossiers, mécaniciens et conducteurs: «C’est le même test pour tous, mais avec des critères propres à chaque secteur, précise Urs Burger. L’inscription se fait en ligne sur notre nouveau site. Cet espace nous permet aussi de communiquer ensemble.» Suite logique, un grand recrutement en direct des professions de la mobilité se tiendra le 1er avril 2020 (lire l’encadré).

Penser demain

«Afin d’anticiper les changements métiers, nous avons mis en place un espace d’échange entre professionnels du secteur avec le club des formateurs, poursuit Urs Burger. De plus, nous participons à des projets innovants comme le GOH, la construction du premier camion à hydrogène vert, afin d’adapter les filières de formation à cette technologie.» L’hybride et la voiture électrique ont petit à petit fait leur place à partir de formations continues puis en intégrant les programmes des apprentis. Mais comment traiter la filière hydrogène et sa technologie des piles à combustible: comme pour l’hybride, ou comme une nouvelle profession qui traiterait de tous les véhicules alternatifs? La question est sur la table.

Aussi au féminin

Entre 120 à 130 places d’apprentissage en entreprises sont à pourvoir chaque année dans le secteur de la mobilité à Genève. Des professions techniques (carrossiers, mécaniciens et conducteurs), mais aussi des employés de commerce branche automobile, ainsi que des gestionnaires du commerce de détail en logistique des pièces détachées: le choix de Mélanie Buson apprentie en troisième année. «Si on m’avait dit que je travaillerais dans un garage, j’aurais bien rigolé», se souvient la jeune femme, qui après un diplôme de l’École de culture générale (ECG) envisageait une formation dans la petite enfance. Une année de stage en garderie lui ouvre les yeux: «Faire du baby-sitting c’est une chose, mais à plein temps, c’est trop mortel!» Elle change son fusil d’épaule et opte pour le domaine du commerce. Mais les refus s’accumulent. «Soit il me manquait quelque chose, soit on me répondait que j’étais trop qualifiée avec mon diplôme de l’ECG!» Désespérée, elle postule chez un grand concessionnaire pour une formation dans la logistique des pièces détachées. La surprise est totale quand on lui propose trois jours de stage. «Une révélation!
 J’ai adoré. J’avais l’impression de faire mes courses au magasin avec ma petite liste.» Le temps de remplir son caddie et la voilà engagée. Mélanie découvre la gestion du dépôt des pièces détachées, les commandes et les relations avec la clientèle, le personnel de l’atelier et les professionnels du secteur.

Conseils avisés

«Une voiture est constituée de près de 30 000 pièces et chaque demande est différente. À moi de trouver la bonne référence dans notre base de données et de passer la commande», précise Mélanie qui peut compter sur ses collègues et s’appuyer sur ses cours d’une journée et demie par semaine au centre de formation professionnelle. Outre la culture générale, elle y apprend la vente, l’économie et aborde les éléments constitutifs d’un véhicule qu’elle approfondit lors des cours interentreprises au Centre de formation UPSA-Vaud d’Yverdon avec les apprentis romands. Elle doit aussi se tenir au courant des évolutions dans les gammes. Et parfois décoder le souhait du client: «Un garagiste peut demander un protecteur de porte, un carrossier une moulure de porte et un privé un enjoliveur de porte pour la même pièce.» Elle apprécie de recevoir les particuliers au comptoir car le côté conseil a son importance: choix de pneus, d’enjoliveur, de tapis ou d’attelage. «La vente, c’est tout un art et je peux directement appliquer les techniques vues à l’école.» Rares sont les clients surpris de se trouver face à une jeune femme qui leur parle de
pièces mécaniques. Mélanie est reconnue pour ses compétences par ses collègues et les gens du métier. «Je suis fière de travailler dans un garage. Comme fille, on ne doit pas se gêner, ne pas se limiter dans son choix professionnel. Si on aime, si notre curiosité est taquinée, il faut y aller jusqu’au bout», lance-t-elle.

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