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De la finance dure à une finance qui dure

Finance et développement durable s’intègrent pleinement dans la formation professionnelle et continue du domaine bancaire

Sarah Pernet

Que celle ou celui qui n’a jamais doucement rigolé à l’évocation du virage vertueux de la finance lance le premier billet de 100 francs. Et pourtant. Non seulement les chiffres le montrent, 717 milliards de francs investis dans des placements durables en 2018, mais la formation des futurs employés intègre d’ores et déjà cette dimension avec de nombreuses offres de cours consacrés à la finance durable.

Sensible au vert…

Responsable des cours interentreprises pour la Suisse romande de la filière bancaire du CFC Employé de commerce, Léonard Ecuyer constate cette évolution, même si un cours consacré à ce sujet n’est pas encore prévu au programme: «Le durable est une thématique abordée de manière transversale dans les cours donnés aux futurs employés de banque. Lorsque nous parlons des produits financiers, les investissements durables sont cités. De plus, nous faisons preuve d’une contribution active en matière d’écologie puisque nous avons été les pionniers de l’apprentissage digital sans papier depuis plusieurs années.» Pour lui, si la sensibilisation à ces notions est essentielle dès l’apprentissage, c’est la pratique au sein des établissements bancaires qui est pertinente. Apprenti en deuxième année dans une banque vaudoise, Romain Borcard est attentif: «Je ne fais pas la grève pour le climat comme mes amis, mais je peux tout à fait imaginer que, par le biais d’un travail dans une banque, je puisse participer à ce mouvement en faveur du développement durable, qui comporte un aspect plus large, comme une société ou des gouvernances plus responsables.»

… car il rapporte

Pour les acteurs de la finance, ce mouvement est désormais un credo. Depuis 2018, la Haute École de gestion de Genève (HEG) propose un CAS en finance durable. Antoine Mach en est le codirecteur: «La HEG a intégré cette thématique depuis plus de dix ans dans ses cours. Dans le cadre d’un DAS, un cours sur la finance durable figurait déjà au programme, mais la demande des étudiants était telle que j’ai créé avec deux collègues une formation continue à part entière. La deuxième session commence en janvier. Cet élan est très bénéfique pour inciter des conseillers en placements plus traditionnels. Il répond à une demande des clients et en plus cela rapporte.» L’Université de Genève n’est pas en reste. Un cours sur ce thème y existe depuis 2011 et compte une formation continue en programmes en responsabilité sociale et organisations à but non lucratif, notamment.

L’écologie fait son nid

«Si la finance durable pouvait être considérée comme un alibi il y a quelques années encore, elle participe désormais pleinement à sa diversité, confirme Chantal Bourquin, responsable de la communication et membre de la direction de Genève Place Financière. La concrétisation se situe dans les pratiques des conseillers en placement, qui développent une connaissance approfondie de ces produits de plus en plus demandés.» Et de se réjouir que cet essor contribue à augmenter le nombre de places d’apprentissage, de concertation avec le directeur de l’Office pour l’orientation, la formation professionnelle et continue (OFPC), Gilles Miserez. Des enjeux qui s’étendent dans toute la Suisse romande. Chez Swissquote, basée à Gland (VD), on constate aussi que cette tendance se dessine parmi la clientèle, laquelle décide elle-même de ses investissements respectueux du développement durable, sans conseil.

Finance durable et fintech, quèsako?

La finance durable ne bénéficie pas de label en tant quel tel. Les critères reconnus sont regroupés sous l’appellation ESG pour: environnement, social et gouvernance. Ils sont communément utilisés par les acteurs bancaires. La société Covalence, dirigée par Antoine Mach, lequel est par ailleurs coresponsable de la gestion d’un CAS Sustainable Finance offert par la Haute École de gestion de Genève (HEG), évalue le respect de ces normes par les entreprises, bancaires ou non. Contraction de finance et technologie, la fintech s’impose comme alternative à la banque traditionnelle. Plus besoin d’avoir un compte en banque pour être actif dans la finance. La Chambre de commerce, d’industrie et des services de Genève (CCIG) organisait le premier événement entièrement dédié au sujet: «Les fintechs offrent d’intéressantes perspectives professionnelles, conjuguant esprit entrepreneurial et expertise technique, assure Vincent
Subilia, directeur général de la CCIG. S’il est difficile de chiffrer précisément le nombre de postes disponibles à ce jour, il y a fort à parier que le dynamisme du secteur permettra la création de nombreux emplois, en particulier pour des jeunes créatifs, rigoureux et motivés.»

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