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Contrôleur qualité en horlogerie, un rôle capital

Acteur incontournable de l’industrie suisse, le contrôleur qualité inspecte la montre sous toutes ses coutures avant sa mise sur le marché

Laurie Josserand

Même à l’ère de la mondialisation, l’industrie helvétique se démarque par son label swiss quality. Au tournant du 21e siècle, les départements «qualité» se sont multipliés dans les maisons horlogères afin de consolider les bonnes pratiques et d’améliorer les produits, les techniques de fabrication et les coûts notamment. La raison? Satisfaire les exigences d’une clientèle pointilleuse, d’une part, et, d’autre part, garantir la bienfacture et développer l’image de marque de la firme. Bref,
tout ce qui fait la renommée des montres suisses. Dans cette industrie, les formations professionnelles initiales, CFC ou AFP, sont nombreuses (horloger, polisseur, graveur, opérateur en horlogerie, mécanicien de production, etc). Toutefois, la qualité à proprement parler n’y est que survolée. À la demande de la Convention patronale de l’industrie horlogère suisse, un apprentissage spécifique sera lancé en 2020. Actuellement, un professionnel chevronné peut se perfectionner dans le contrôle de la qualité horlogère en suivant des formations continues.

Rigueur et méthode

À Genève, une formation modulaire dévolue au processus qualité est dispensée depuis une dizaine d’années par le Centre de formation dans le domaine de l’horlogerie (CFH). «Articulé en trois modules progressifs, ce perfectionnement s’adresse à des collaborateurs du monde horloger ou à des adultes en réorientation, issus par exemple des domaines de l’aéronautique ou de la pharmacie et donc habitués aux méthodes ou procédés industriels, détaille Antonio Ciancio, directeur général du CFH. Afin d’échanger le plus possible et axer la formation sur la pratique, les cours se suivent en petits groupes de huit participants.

Entre théorie et pratique

Le premier module de formation permet aux personnes au bénéfice d’une expérience d’un an dans le domaine industriel de se sensibiliser au système de management de la qualité et au contrôle empirique. «Lire un plan, utiliser les appareils et outils de mesure: il s’agit d’avoir un regard de technicien sur les pièces qui constituent une montre, vulgarise David Rossello, directeur adjoint du CFH et formateur pour adultes. Le deuxième module, destiné plutôt aux référents qualité d’un département (habillage, mouvement), est une véritable immersion dans le domaine horloger. À l’issue du module, le participant est capable de citer les nomenclatures d’un habillage ou d’un mouvement, d’effectuer un contrôle de toutes les fournitures horlogères. Il possède ainsi tout le langage technique nécessaire pour échanger avec les fournisseurs», complète le formateur. «Il faut être fin communicant quand on décide qu’une pièce ou une montre est non conforme: au moment de l’annoncer à un collègue ou à un fournisseur, c’est toujours bien d’avoir les arguments et un peu d’expérience pour être crédible», note Erwan Henry, ingénieur en environnement reconverti dans la qualité. C’est dans le dernier module que les aspects techniques du contrôle final de la montre sont passés en revue. Analyse sensorielle (l’esthétique), élaboration d’indicateurs qualité et argumentation en vue de communiquer aux fournisseurs les axes d’amélioration sont des notions incontournables dans la vérification de la conformité d’une pièce avant expédition. «Pour résumer, le M1 donne un éclairage sur les pièces, le M2 permet de porter un regard sur la montre et le M3 apporte la vision globale, poursuit David Rossello. Si on compare avec la mécanique auto, on apprend les bases pour apprécier le moteur et la carrosserie durant le M1, on contrôle la carrosserie et le moteur au M2 et la voiture lors du M3.» Pour Erwan Henry, qui a participé au M2: «Les atouts de cette formation résident dans le fait que les formateurs, issus du sérail, ponctuent leurs interventions d’anecdotes croustillantes. Ces bons mots, illustrant des cas concrets et compliqués, nous permettent de faire le lien et nous aident dans notre quotidien professionnel lorsque nous nous retrouvons face à un challenge.»

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