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Apprendre un métier avec un handicap

Des jeunes à besoins spécifiques bénéficient de mesures de compensation pour suivre une formation professionnelle

Eliane Schneider

Arthur Jaquet, apprenti de troisième année à l’École d’horlogerie, s’assoit devant la classe. Face à lui, une interprète en langue des signes l’accompagne pour les cours théoriques. Un autre interprète le suit en atelier pratique. «Imaginez, il faut un signe adapté pour chaque outil, chaque pièce que je construis», lance le jeune malentendant. Une sensibilisation a été dispensée auprès des professeurs et des élèves au début de sa formation «car personne ne savait comment s’y prendre avec moi, s’amuse-t-il aujourd’hui. J’ai dû faire l’effort d’aller à l’école, vers les autres… car la situation est
rarement spontanée.» Grâce à ses appareils acoustiques, il perçoit la fréquence des voix, mais «c’est extrêmement fatigant de lire sur les lèvres. Je suis plus à l’aise en langue des signes. Et je suis très visuel!»

Indépendance professionnelle

«Nous mettons en place des structures personnalisées pour plusieurs apprentis aux besoins différents. La dynamique qui se crée et, au final, leur indépendance professionnelle sont de l’ordre du gagnant-gagnant», estime Victoria Kolb, enseignante au Centre de formation professionnelle Technique (CFPT) à Genève. «Ces projets professionnels demeurent complexes», admet Fernande Trigo, éducatrice au Relais Surdité (Centre pour enfants sourds de Montbrillant-CESM). L’éducation, le souhait professionnel du jeune, ses compétences et son degré de surdité entrent en jeu. Un sourd ne pourra pas baisser les yeux sur une feuille de lecture, car il perdra alors l’information transmise par l’interprète. De même que les appareils acoustiques captent les sons venant de devant: tout ce qui se dit derrière lui (remarques des camarades ou du professeur qui se déplace dans la classe) ne sera pas perçu par le malentendant.

TSA aussi

«De plus en plus de jeunes avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA), par exemple, entreprennent une formation postobligatoire», constate Florence Cantin, responsable du secteur des élèves à besoins spécifiques. Carence de codes sociaux aussi simples que saluer, mille idées à émettre
quitte à couper la parole, focus exacerbés, retrait lors de discussions ou de liens humains… tant de caractéristiques différentes pour les personnes atteintes de TSA. «La personne doit apprendre à réagir à chaque situation nouvelle. Rien n’est implicite», intervient Lucio Ferlazzo, coach et formateur d’adultes à l’association Actifs. Observation et bilan de réactions permettent de l’accompagner en apprentissage ou en emploi. «Le jeune développe des stratégies, comme comprendre et accepter les consignes. Alors il peut réussir son intégration… et son année!»

Prospection en entreprise

Information et prospection sont les maîtres mots. «Avant toute intégration, nous informons les écoles ou les entreprises afin que les collègues puissent comprendre le fonctionnement du jeune, continue le coach. Et nous facilitons les démarches inhérentes à un engagement.» Ces trajectoires sont le fruit d’efforts exceptionnels de la part de ces jeunes et des établissements de formation. La suite doit suivre. Encore faut-il en aval une sensibilité des entreprises: osez engager de tels profils!

Plus d’infos

Secteur des élèves à besoins
spécifiques, tél. 022 546 59 56
Association Actifs,
tél. 22 343 20 27
CESM, tél. 022 388 79 70

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